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 "Des poignées de secondes dans cet étrange monde..."

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Humain(e)
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Feuille de personnage
Orientation politique: Pro-Anges
Classe&Métier: Etudiante
Arme(s) / Pouvoir(s):
MessageSujet: "Des poignées de secondes dans cet étrange monde..."   Dim 8 Aoû - 11:28

" Quand la calme tiédeur nimbe ton front terni
Quand meurt dans mes espoirs ta frêle tyrannie
Où est l'ombre céleste dont se riaient nos âmes
Ces étreintes orageuses nous offraient-elles aux flammes ?
Payerons-nous le prix et quels seront nos fers,
Pour ce pacte innocent que nos lèvres brisèrent ?"

April se redressa, se prit la tête entre les mains et souffla, excédée.

Ecrire un poème à la manière de Lamartine...Il en avait de bonnes ce prof de français !
A qui pouvaient lui faire penser ces fichues lamentations romantiques ? Je vous le donne en mille...!

Elle soupira. April soupirait toujours.
Allez, courage plus que cinq malheureuse strophes...

La tête rousse se releva. On frappait à la porte.

- Mmmh ?

La porte s'entrebaîlla sur le visage frais de Lisa Rainford O'Brien.

- Je dérange ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle, curieuse, de sa voix posée.


- Officiellement, je travaille mon français.

- Et officieusement ?

- Je maudis mon prof.

Lisa sourit. Malgré toute sa mauvaise volonté April ne put s'empêcher de l'imiter. Elle aimait particulièrement ces petites fossettes rosées qui se dessinaient sous les yeux bleus délavés de sa mère quand ses lèvres s'étiraient pour découvrir ses délicates dents blanches.
Lisa n'avait certes pas inventé la poudre mais nul ne pouvait décemment lui enlever le fait qu'à près de quarante ans, elle restait encore une femme d'une grande beauté , ses iris pervenche lui donnant un tour pétillant et son teint laiteux subtilement pourpré, l'aura lumineuse des plus beaux matins de mai.

De son pas doux, la femme blond vénitien vint s'asseoir sur le lit alors que sa fille décalait son siège de bureau pour ne pas lui tourner le dos.
Les mains un peu agitées de Lisa trituraient une enveloppe blanche.

- April chérie, j'ai...reçu un courrier pour toi. Enfin, tu as reçu un courrier. Mais avant que tu l'ouvres...j'aimerais que tu m'écoutes et que tu me promettes de ne pas m'interrompre.

La rousse fronça les sourcils. Qu'est ce que Lisa manigançait encore ?

- Tu promets ?

April hocha la tête.

- Bon, tu te souviens que je t'ai dit quand tu avais sept ans que ta grand-mère, ma mère, était morte ?

Nouveau hochement de tête. Inquiet, cette fois.

- J'ai...j'ai menti, April.

Les jeunes lèvres corail s'entrouvrirent, interdites.

- J'ai menti parce que c'était plus simple qu'elle soit morte. La vérité, c'est qu'elle vit encore, très bien même, mais qu'elle est folle. Complètement folle.

Les sourcils cuivrés de l'étudiante se fronçèrent.

- Elle...-soupir- elle croit à l'existence d'"autres mondes", elle dit avoir rencontré un homme de là-bas, une sorte d'extraterrestre ou je ne sais quoi avant ma naissance. Elle débloque complètement ! Tu n'as pas idée !
J'aurais été incapable de te la présenter.
Quand j'étais petite, elle m'a battu et rebattu les oreilles avec tout ça et quand j'ai été âgée pour la supplier de se taire, elle s'est murée dans le silence. Nous ne nous sommes plus reparlées que par téléphone après la mort de mon père.
Lui, ne la croyait pas non plus. Mais il l'aimait et disait d'elle qu'elle était " simplement fantasque et romanesque ".
Moi, je lui en ai toujours voulu de me servir ces âneries de premier rang.
Cependant je n'ai jamais eu le coeur à l'interner en hospice. Elle n'est pas dangereuse pour elle-même.
Enfin, je crois...

Tu ne m'en veux pas trop ? J'espère que tu pourras me comprendre...

Aux simples "autres mondes", les paupières s'étaient levées, rétrécissant les pupilles de la lumière qui inondait à présent les yeux verts.

- April ?

La jeune rousse fixait le vide, muette.

- April, je t'en prie, dis au moins quelque chose !

Les paupières clignèrent. April se tourna vers sa mère, comme tout juste éveillée d'un songe.

- Tu...tu es sérieuse ?

Lisa soupira.

- J'aimerais pouvoir te dire "non", que c'était juste une farce...mais oui, ma chérie. Oui, je suis sérieuse.

La fille de Ray baissa les yeux sur l'enveloppe.

- Et ça, c'est...?

La femme la lui tendit.

- Une invitation. Parmi les multiples lettres d'elle que je récupère depuis que tu es bébé. J'ai fait dévier tous ses courriers par les services postaux. Elle a fini par l'apprendre et à se résigner. Elle disait que tu comprendrais au moment venu. Maintenant, elle demande à te rencontrer. Et tu es prête, je crois...

April hocha la tête, avalant sa salive avec une certaine difficulté.
Pas que la vérité soit indigeste mais le mensonge de Lisa n'était tout de même pas des plus aisés à ingurgiter...

Alors, elle aussi, elle avait une grand-mère. Une grand-mère qui savait peut être pour les mondes - comme elle l'espérait !!! - et qui la réclamait.
Une grand-mère qui aurait sans doute pu l'élever aussi...

- Ca va, je comprends. Je ne t'en veux pas. Mais maintenant, je veux lire.

Perdre du temps à culpabiliser Lisa plus encore qu'elle ne l'était déjà aurait été purement idiot.
Elle avait peut quelqu'un, une proche qui plus est, qui aurait la réponse à toutes ses questions !

Elle déchira, impatiente, la languette de papier collant qui baîllonnait la missive.

" Chère April,

Ta mère t'as sûrement raconté pourquoi tu lis ta première lettre de moi à dix-neuf ans seulement...

Je n'attends à présent, plus que de te rencontrer.

Il me tarde de voir combien tu as grandi depuis que je t'ai vue dans ton berceau, à ta naissance.
Tu trouveras mon adresse au dos de cette enveloppe.

Fais vite ! J'ai hâte !


Grand Mère "


La jeune fille attrapa la poche de papier vide, la retourna vivement.

- Woodstock, Rose Farm Road ? Mais c'est tout proche !

- Je suis originaire de Chicago, chérie...

La rouquine se leva d'un bond.

- Ne m'attendez pas pour dîner, je vais me prendre un sandwich en bas. Inutile de te de préciser où je vais...

Un sourire compréhensif anima les lèvres de Lisa.

- Bon courage, mon ange. Moi je n'en ai pas le cran.

April enfila sa veste de cuir posée sur sa commode.

- Tu sais, maman...Il faut savoir pardonner à ses parents. Parfois ils peuvent sacrément te surprendre...

Pour mieux illustrer ses mots, elle déposa un baiser léger sur le crâne blond de sa mère et fila en bas vers sa voiture.

Des ailes. Elle avait des ailes.


Elle n’avait plus rien à envier aux anges quand elle fonça, machines à fond, libre comme l’air et rapide comme le vent, vers la 290 Dwright D. Eisenhower Expy, s’engouffra, véritable bolide, sur la 294 Tri-state Tollway, longeant l’O’Hare Chicago Airport pour débouler comme une flèche sur la 90, sortir à la 72ème, s’offfrant un détour par Sleepy Hollow, pour rejoindre la direction d’Huntley, tourner en catastrophe pour s’engager dans la 47ème Eastwood Dr, piétinant de hâte sur sa pédale d’accélérateur, traçant de toute sa vitesse le long de Kishwaukee Road, pour entrer à l’intersection, dans le si vert et résidentiel quartier de Rose Farm Road de Woodstock.

Elle se gara en pilant devant la grande bâtisse qu’indiquait l’adresse au dos de l’enveloppe.

Son cœur battait au même rythme que le tintement de ses clés qui bringuebalaient bruyamment, bien ancrées dans leur ouverture métallique, sous le volant.

Tentant de calmer cette chamade incontrôlable, elle posa ses mains sur le volant et s’obligea à prendre une grande inspiration.

Peu importe ce qu’elle trouverait à l’intérieur de cette grande propriété. Elle était plus forte que tout ça. Et la déception ne tuait pas.

Forte de tous ces beaux principes, elle se leva, sortit et claqua la portière avant de sa Lexus.


Elle poussa la petite barrière de bois. L’endroit était d’un calme délicieux et les nombreuses fleurs suspendues aux poutres, aux balcons, au coin de la terrasse de bois annonçait une propriétaire d’un bon goût certain. Ca la rasséna un peu et elle avança.

L’allée irrégulière et ondulante pour atteindre l’entrée lui parut longue comme toute une vie mais elle arriva finalement devant quelques marches et une large estrade où reposait un chevalet.

Curieuse, elle s’approcha du tableau qui y séchait. Une aquarelle. Un paysage…une sorte de ville…quelque chose d’oriental…On aurait dit ces port perses d’autrefois. Et une vue imprenable sur une mer d’un vert bleu éclatant.

Ca et là, un marchand, une citadine, une enfilade d’escaliers de pierre blanche baignée de soleil et, au loin, d’immense voiles éblouissantes de clarté.

- On passerait bien de l’autre côté du tableau, pas vrai ? glissa une voix féminine derrière elle.

La rousse sursauta et se retourna vivement.

Pour la toute première fois, elle observa sa grand-mère. Une femme d’une taille étonnamment élancée pour son âge, encore très féminine, la taille encore gracile et cintrée dans un chemisier en mousseline blanc cassé, un pantalon en flanelle gris chiné et des chaussures à talons moyens.

On sentait la vieille aristocratie dans son port et son regard bleu perçant.

- April, je présume… ? demanda-t-elle avec un petit sourire.

La rousse fixa la vieille dame, incapable de prononcer un mot et acquiesça simplement, silencieuse.

Comme ça, son aïeule ne faisait pas franchement folle…

Elle sentit la main de la femme sur son visage et les yeux clairs détailler ses jeune traits.

- Oh, pardonne-moi, mais ça fait tellement longtemps que j’attends de te voir !

Sur ces mots, la vieille femme l’enserra dans ses bras. Ca n’était pas le genre de mamie étouffoir qui vous donne envie de fuir. On sentait dans les gestes de la dame âgée une réserve polie mêlée d’un soupçon d’émotivité. Ca non plus, Lisa ne l’avait pas eu toute seule, apparement…

Elle se détacha. Les grands cercles d’azur brillaient, un peu humides.

- Je…euh…Enchantée, aussi….grand-mère…

- Pfft ! « Grand-mère », je veux bien mais pour toi ça doit être tout neuf, on se connaît à peine toutes les deux. Je comprendrais que ça soit donc un peu difficile au début. Appelle-moi Olympe si tu as du mal avec le « grand-mère ». Olie, même si le cœur t’en dit. Tous mes amis m’appellent Olie.

- Ehm…D’accord…Olie.

Olympe eut un le même petit sourire frondeur que tout à l’heure. Quelque chose disait à la fille de Ray et Lisa qu’elle allait lui plaire.

- Je vois que la nature t’a épargné l’exubérance de ton père ! Bien, j’avais peur de me trouver face à une Ray miniature. Oh, je te demande pardon, je ne devrais pas critiquer ton père comme ça devant toi…J’exagère !

Ce fut cette fois à April de sourire.

- Aucun souci.

- Mmmh, on parle bien du même bonhomme apparemment…Enfin, bref, ne perdons pas le précieux temps des retrouvailles – si on peut dire - à discuter de cet animal. Comme tu vois, je n’ai jamais cautionné le choix de ta mère en ce qui concerne ton paternel…Ce que j’aimerais, en revanche, rencontrer ce fameux Jake ! Ce magicien-là nous l’a transformée ! Même si je ne l’ai qu’au téléphone chaque mois, elle semble bien plus sereine et plus sensée qu’avec ton balourd de père !

Oh la la, que je peux être bavarde… ! Bon, allez je ne vais pas laisser mon unique petite fille sur le pallier, entre donc !

Ce que fit la jeune fille, curieuse d’en savoir un peu plus sur cette femme pour le moins…surprenante…

La maison était particulièrement richement décorée. Mais ça n’était pas ce luxe clinquant qu’elle haïssait. De larges tableaux colorés ornaient les grands murs, des sculptures ethniques meublaient d’une façon élégante et originale les angles des pièces. Dans le salon, une immense tapisserie de Damas offrait de vifs tons bleus et orangés. Une cheminée en pierre blanche lisse se dressait accolée au mur le plus large, devant lesquels paressaient tranquillement deux canapés de cuir blanc recouverts de plaids aux couleurs chaudes.

Le mobilier, les lampes, les objets tout semblait avoir été ramassé aux quatre coins du globe et apporté dans cet endroit paisible pour y former la plus surprenante et la plus exotique des harmonies.

April passa près d'un meuble où un objet curieux se tenait. On aurait dit une grosse boule de quartz. Elle s'en approcha, intriguée.
C'était étonnant d'ailleurs. Ca n'était jamais qu'un objet parmi les autres ! Elle le toucha sans trop réfléchir. D'une main d'abord. Puis de la deuxième.. Bientôt, elle la tenait quasiment entre ses paumes.

Au bout de quelques secondes, elle retira ses main comme si elle s'était brûlée.
Elle n'avait pas à tout tripoter comme ça, bon Dieu !
Ses pas l'écartèrent de là.

Olympe releva la tête, l'air intrigué. Puis un petit sourire naquit ses lèvres encore bien dessinées.

- Puis–je te proposer un thé au jasmin ?

La jeune fille hocha affirmativement la tête alors qu’elle prennait place sur un des canapés sur l’invitation de sa grand-mère….Bon sang, ce que ça faisait bizarre de penser ça ! « Grand-mère »… !

Elle attendit la femme qui s’absentait dans la cuisine un moment, tout en promenant son regard sur l’ensemble de la pièce, rêveuse.

C’était presque irréel…

- Voilà ! chantonna Olympe en revenant avec un petit plateau pourvu de deux tasses fumantes.

April sourit. Et prit la sienne entre ses mains

La femme prit gracieusement place sur le sofa en face d'elle.

Elle regardait sa petite fille avec un air entendu.

Il y avait entre elles cet sorte d'accord implicte qui lui fit prononcer ces mots :

- Ce tableau dans l'entrée...Tu aimes ?

La jeune fille haussa un sourcil, un peu surprise.

- Bien..Oui...Pourquoi ?

- Superbe ce paysage, n'est-ce pas ? C'est presque une insulte d'essayer de le coucher sur une toile...Quand on sait la beauté de la véritable vue qu'on en a en été...

L'étudiante sourit encore. Pourquoi cette conversation semblait si...étrange ?

Olympe gardait sa tasse entre ses paumes en observant, tête légèrement inclinée, sa petite fille enfouir son nez et le bas de son visage dans sa tasse chaude.

- Naudiz est un monde tellement surprenant...

Les jeunes lèvres se détachèrent de la porcelaine délicate. Les yeux verts se levèrent.

Olympe esquissa un sourire tranquille.

April posa sa tasse.

- Nous y voilà.

La fille de Lisa et Ray fronça les sourcils et croisa les bras inconsciemment, dans une position défensive.

- Oui, je sais que tu es au courant. Je ne sais pas de combien, comment, depuis quand, ni pourquoi mais je sais que tu sais très bien de quoi je parle.

La bouche de la jeune fille s'ouvrit, muette.

Olympe gardait toujours ce sourire paisible.

- Laisse-moi te montrer...

Elle se leva et alla chercher la pierre de quartz et son portant sur le meuble. Celle qu'April avait touchée.

- Ceci, April, est une pierre qui m'a été offerte par un grand ami que j'aurais sûrement l'occasion de te présenter un jour...Litth Orhimnia...encore appellée..la "Trace". Elle a pour fonction d'attirer à elle tous ceux qui ont un jour été en contact avec la magie. S
Si tu t'en approche simplement, tu ne l'as été que vaguement. Mais si tu t'arrêtes devant elle, tu as déjà été en contact proche avec un être doté de pouvoirs.
Et..si tu la touches...C'est que tu as non seulement été en contact proche avec elle mais que tu l'as toi-même vécue...

Vu la façon dont elle a réclamé tes mains...J'en déduis que tu en as été bien imprégnée...Et fort récemment encore...

April baissa les yeux sur l'objet. Une si simple chose qui pouvait dire tout ça...Ca l'étonnerait toujours.

- Si j'en crois le niveau de magie qui t'entoure...tu en verras encore beaucoup d'autres curiosités du genre...

La jeune rousse leva des yeux pétillants vers sa grand mère.

- Oui...Oui, tout ça m'est de plus en plus familier, je dois dire...

Olympe sourit.

- Oserais-je te demander comment tu en es venue à connaître de telles choses à ton âge ?

April se cala un peu dans le divan, ses bras s'étaient décroisés. Elle commença alors par le menu, le récit entier de l'histoire de sa rencontre avec le fantastique.

//////////////////////////////////

Olympe s'était elle aussi, calée dans son canapé, mains croisées, absorbée par le récit d'April.

- Et tout à l'heure, j'ai entendu Maman parler de ta "folie" sur des mondes imaginaires selon elle, alors j'ai immédiatement sauté dans la voiture pour venir te trouver. Je voulais être sûre.

Elle se mordit la lèvre. Ca faisait...intéressée, dit comme ça.
Olympe se pencha et posa sa main sur la sienne.

- Et tu as très bien fait.

Bon...Un récit pour un autre, j'imagine...

Pour moi, tout a commencé quand j'étais encore ethnologue. Oui, c'était mon métier.

J'étais une fille de bonne famille, je n'avais pas besoin de travailler pour tout te dire. Mais l'Homme et ses modes de vie m'ont toujours passionnée.

J'ai donc étudié en Angleterre, à Cambridge en département d'ethnologie-sociologie.

Là, j'ai rencontré Shenkhar. ( =3 Envie de le replacer celui-là [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] )

Il disait être originaire d'Asie Centrale.

Nous étions attirés par les même choses, tous deux aussi curieux l'un que l'autre d'apprendre davantage sur les richesses de ce monde !

A vrai dire, nous avons mis près de deux ans à comprendre que nous étions fait l'un pour l'autre.

Puis, les choses se sont concrétisées : Au bout de cinq ans de vie commune, nous avons décidé de nous marier.

Mais, une fois que nous étions mariés, nous avions beau parcourir le monde à la recherche de précieuses notes à receuillir, plus le temps passait, plus Shenkhar devenait sombre et irritable.

Lui, si vivant, si joyeux !

Finalement, un jour, il m'a dit qu'il comptait partir. Partir et ne plus jamais revenir.

Moi, j'étais amoureuse. Oh, April, amoureuse comme je ne l'ai jamais été ! Je l'ai supplié, je me souviens que je pleurais toutes les larmes de mon corps, ce jour-là...Supplié, imploré de rester.

Il a finit par céder. Il m'aimait, ça oui, il m'aimait !
Mais il était trop dangereux que je connaisse son dernier secret...

Il m'a raconté qu'il n'était pas d'ici. Qu'il venait d'un autre monde appelé "Naudiz".

J'ai cru à du surmenage, mais il m'a montré des souvenirs magiques qu'il gardait de là-bas...

Voir ces philtres de santé, ces pierres qui rendaient invisibles, ces bijoux qui vous transportaient d'un lieu à l'autre !
Ca été une véritable révélation pour moi !

Finalement, il m'a expliqué que son pays natal lui manquait trop. Qu'il ne supportait plus de vivre sur ce qu'il appellait " Anteria".

Alors, comme je le croyais sans plus aucun doute, j'ai accepté de le suivre là-bas.

La seule condition était que je voyage en aveugle et garde les yeux bandés quand nous franchirions le passage entre les deux mondes.

C'était si peu pour ce qui m'attendait là-bas !

J'y ai vécu de longues années, heureuse avec lui.

J'ai cru mourir quand nous avons appris par un médecin qu'il ne pouvait pas me donner d'enfants...

Nous nous y sommes faits. Avons voyagés sur Arda un autre monde. Chez quelques amis elfes. Puis sommes revenus en bord de mer, dans la capitale impériale.

Shenkhar avait découvert en fouillant dans les archives, une série de lettres du palais...Il n'a jamais voulu m'en expliquer la teneur.

Bientôt, il n'a plus passé son temps qu'à fouiller les archives royales - étant haut fonctionnaire, il en avait obtenu le droit...

Je le voyais inquiet, soucieux et tellement...angoissé...je n'ai jamais compris pourquoi. Il refusait net d'en parler à chaque fois que j'abordais la question.

Puis...Un jour, il a été arrêté dans son bureau, à l'étage de la bibliothèque royale.

Quelques jours plus tard...

Olympe se passa une main devant le visage.

On l'éxécutait en place publique pour " haute trahison" en clamant qu'il avait faussé des écrits royaux pour monter un complot contre le pouvoir...

La vieille femme se tamponna l'oeil avec le dos de sa main, un peu fébrile.

April s'était déplacée à côté d'elle. Les jeunes doigts serraient la main parcheminées entre eux.

La fille de Lisa vivait pleinement le récit, ses grands yeux ouverts, emplis de douleurs pour cette femme qu'elle connaissait un peu plus et ce pauvre
Shenkhar.

- Mes amis et sa famille étaient là. Aussi dévastés que je l'étais. Mais ils m'ont toujours soutenue et entourée après sa mort.
Beaucoup, qui savaient ce que faisait Shenkhar mais lui avaient juré de ne rien me dire ont formé une résistance sous-terraine contre l'Empire.
Moi, je n'en avais pas la force, ils ont respecté mon choix de revenir sur Anteria.

J'ai plus tard appris quand ils m'ont rendu visite ici, que Shenkhar avait découvert des choses sur l'Empereur qu'il valait mieux pour ma vie que je ne sache jamais.

Encore aujourd'hui, ils oeuvrent contre l'Empire en secret...

Et moi, j'ai décidé de respecter le voeux de Shenkhar de ne jamais m'en mêler.
J'ai repris mes activités d'ethnologues pendant plusieurs années.

La plaie de cette histoire a fini par cicatriser et j'ai rencontré quelqu'un d'autre.

Un homme merveilleux lui aussi, le père de ta mère. Ton grand père. Qui nous a quitté trop tôt, à son tour...

Avec lui ça n'était pas l'histoire fusionnelle comme ça l'était avec Shenkhar. Il le comprennait.
Il savait tout. Mais je crois qu'il ne me croyait pas complètement. Il me trouvait un peu folle mais délicieuse.

C'était le genre d'hommes qu'on épouse pour avoir une longue et belle vie peuplée d'enfants, de dimanches matins sereins, de chamailleries sur la place des bibelots...

C'était un très bel amour aussi. Très différent.

Je n'ai jamais regretté ni l'un ni l'autre. La vie a été douce avec moi après la perte de Shenkhar.

Si ce n'est que ma fille m'en a voulu de parler de tout ça à son père et elle. Elle me croit sénile...Pauvre Lisa !

Et aujourd'hui j'ai encore régulièrement contact avec des amis de toutes parts des mondes.
Que je promets de te présenter dès que j'en aurais l'occasion.

April se lova dans le canapé.

Sa grand mère était une femme vraiment surprenante...

Que ferait-elle, elle si elle avait un jour sa chance avec Mitzrael et qu'il perdait la vie ?

Elle ferma les yeux. Elle ne voulait pas y penser.

- Dites-moi, jeune fille, qu'est-ce que c'est que cette mine abattue ? Je te parle d'amour, de bonheur et de chance, et toi, tu fais ta mine de chiot perdu ?
Hm ! Pas chez moi !

April leva les yeux. Olympe avait repris son regard brillant et facétieux.

- Profite de ta jeunesse, petite tête ! Et de ce que la vie t'offre ! Tu auras assez de peines et de tracas dans toute ton existence ! Alors sache remerciez le soleil quand il brille enfin pour toi ! glissa la vieille dame en souriant et en pincant furtivement de ses doigts légers le bout du nez de sa petite fille qui sourit à son tour.

- Bon, assez de blabla ! Lisa va moooouuurir d'inquiétude si tu ne rentres pas pour la nuit.
Oh oui, je connais ma fille ! File donc, frimousse à anges !

April hocha la tête en riant et déposa un baiser sur chaque joue de sa grand mère.

- A bientôt, Olie.

- Je te le souhaite ! lâcha l'aïeule toujours aussi pince sans rire.

April sourit pour deux et partit, le coeur léger - ça faisait longtemps ! - retrouver sa Lexus en face.

La vieille femme passa un grand châle autour de ses épaules et s'appuya à l'encadrement de la porte d'entrée pour regarder partir l'éclair argenté et les flammèches qu'allumait le couchant sur la jolie tête rousse.

Si elle l'avait vue plus jeune...Même visage, même volonté, même ténacité, même entrain, même douceur, même ardeur, même traits...Il n'y avait que ces beaux yeux verts captivants qui changeaient...

Olympe soupira en secouant la tête...
.... Comme elle lui ressemblait, cette gamine !
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